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BARREAUX - Extraits
« FAY
Si tu peux me regarder, c’est uniquement parce que tu te souviens pas de ton
père. Si tu pouvais le voir…
JOSIE
Je ne peux pas. Je ne peux pas.
FAY
Tu t’asseyais à côté de lui quand il bêchait le jardin. Pieds nus pour pas salir
tes chaussettes blanches dans la terre. Il bêchait et toi, tu montrais un ver de
terre du doigt en disant « ver », et il faisait « C’est ça Josie, c’est un
ver. » Et tu en voyais un autre. « Ver », « C’est ça Josie, » il faisait encore,
« c’est un ver... » Et il pouvait bêcher le jardin tout l’après-midi et tu te
lassais pas de regarder les vers de terre et il se lassait pas de les regarder
avec toi. Tu te souviens de ça ?
JOSIE
Je me souviens d’un jardin. Je me souviens d’une femme très jolie, en robe rose.
Je la vois en train de me soulever pour éviter les orties. C’était qui ?
FAY
C’était moi ma zoupette. »
…
« FAY
Regarde-les qui m’observent. Ils me regardent parce que je suis plus rare qu’une
licorne, on est pas plus d’une demi-douzaine dans tout le pays.
JOSIE
Une demi-douzaine de quoi ?
FAY
De femmes qui ont tué quelqu’un.
JOSIE
Mais tu n’as pas plaidé coupable.
FAY
Tu me crois ? »
…
« FAY
Je vis dans l’odeur des chiottes qui refoulent et du chou bouilli. Depuis des
années ! C’en est devenu l’odeur de ma peau. Tu sens pas ? Pourquoi est-ce qu’on
me met pas dans un donjon ? Pourquoi est-ce qu’on m’enferme pas dans une vraie
cellule avec des barreaux en fer et des chaînes, je me sentirais moins cinglée.
On m’a mise en enfer, avec des petits rideaux aux fenêtres et des putains de
géraniums pour les visiteurs. On m’a rendue folle.
Voilà comment c’est.
JOSIE
Je suis désolée.
FAY
Je sais. »
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