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BARREAUX - Note de l’auteur

« Barreaux » a été écrite sur commande du Traverse Theatre dans mon Écosse natale. Il y avait une version antérieure de « Barreaux » qui était destinée à être le scénario d’un film et, avec l’aide de la société de production, j’ai pu rencontrer et parler avec plusieurs femmes, certaines condamnées à la réclusion à perpétuité, d’autres en attente de jugement et une libérée après plus de quarante années passés en prison. Finalement le film n’a pas pu être financé mais je me suis retrouvée avec un matériau de recherche riche et unique et le point de départ d’une histoire : une fille qui rend visite à sa mère en prison pour la première fois en quinze ans. Ce n’était pas une histoire que je pouvais simplement abandonner, l’expérience du contact avec des femmes dans cette situation étrange et extrême était trop spéciale. Donc j’ai eu beaucoup de chance que la société de films, dirigée par Tim Roth et Dixie Linder, ait eu la générosité de me céder tous les droits de l’histoire. Je ne pense pas que cela soit une attitude habituelle parmi les sociétés de films. En général celles-ci ont tendance à s’accrocher bec et ongles aux droits quels qu’ils soient !

« Barreaux » la pièce de théâtre est devenue un récit très différent du scénario. Les personnages et l’histoire ont été complètement modifiés, seule l’idée de départ, la rencontre après quinze années, est restée. C’est à ce moment-là que j’ai décidé du crime de la mère. Elle est en prison pour avoir tué son compagnon, le père de sa fille.

Pour moi « Barreaux » est une pièce autant sur la famille que sur le crime et le châtiment. C’est une pièce qui parle d’une jeune femme qui essaie de se souvenir qui elle est, et quel rôle son père et sa mère ont joué dans la création de sa personnalité. C’est une pièce sur le fait d’être parent et d’élever des enfants. Sur le fait de quitter sa famille pour devenir sa propre personne. Sur la survie.

C’est aussi une pièce qui parle d’une femme qui a tué. Comme dit Fay, ces femmes-là sont « plus rares qu’une licorne ». Souvent personnages de fiction, les femmes meurtrières, vengeresses, sont en réalité très rares. Elles sont l’exception qui hante de ses possibilités notre imagination.

Plusieurs des femmes que j’ai rencontrées avaient tué. Peu d’entre elles m’ont parlé de leur crime. Ce que je rencontrais, ce que je voyais et ce pourquoi j’éprouvais de l’empathie était l’expérience d’être condamnée à de très longues peines de prison. Je rencontrais des femmes très ordinaires, très sympathiques, et je retrouvais ensuite ma maison, mon enfant, ma liberté de manger ce que je voulais, d’aller où je voulais, de faire des courses, de voir des amis, tous les choix quotidiens ordinaires que ces femmes n’auraient plus jamais. Cela m’a rendue très sensible à ce qu’on leur avait retiré et à l’effet que cela avait sur elles.

Mais j’ai aussi lu les détails des meurtres que ces femmes avaient commis. Dans certains cas il y avait des éléments qui rendaient le crime compréhensible. Dans d’autres cas il était beaucoup plus difficile d’avoir une certitude morale. Je me retrouvais face à un troublant dilemme. Ces femmes très rares étaient-elles un type différent de femme, des « tueuses », une espèce à part ? Ou bien, puisque tous ceux que je connais ont parfois ressenti une rage meurtrière terrible contre quelqu’un d’autre, souvent un être aimé, sont-elles comme nous après tout ?

Je pense avoir en partie répondu pour moi-même à cette question pendant l’écriture de « Barreaux » et le travail sur deux productions. J’espère que la pièce pose toujours la question et permet au spectateur de se faire sa propre opinion.

Mais, comme je l’ai dit, autant que tout ceci, pour moi c’est une pièce sur le fait d’être mère et le fait d’être fille.

Rona Munro
(Traduction A. Chulliat)

 


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Dernière modification :  12 septembre 2005